Nelo Magalhães est chercheur en histoire environnementale. Il est l’auteur d’Accumuler du béton, tracer des routes (éditions La Fabrique, 2024), un essai dans lequel il met en lumière le coût écologique de la construction et de la maintenance des grandes infrastructures de transport.
Reporterre – La décision du tribunal administratif de Toulouse d’annuler l’autorisation environnementale de l’autoroute A69 a provoqué l’ire d’une partie de la classe politique. L’État a demandé la reprise des travaux, des sénateurs ont déposé une proposition de loi pour contourner cette décision de justice… Comment analysez-vous cet acharnement ?
Nelo Magalhães – Il y a des intérêts économiques évidents (d’entreprises comme Pierre Fabre et d’acteurs du BTP), mais ils me semblent presque secondaires. Cette insistance s’explique plutôt, selon moi, par des questions d’ordre symbolique. La classe politique régionale et l’État ont tellement investi symboliquement dans ce projet qu’y renoncer serait inacceptable. Il leur faut garder la main sur le récit des infrastructures, qui sont présentées comme bonnes pour l’activité, pour le désenclavement des territoires… Ce récit doit être incarné matériellement. Sinon, il perd de sa force.
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Leur acharnement passe par une militarisation du chantier. C’est révélateur d’à quel point l’État veut à tout prix garder la main sur l’aménagement du territoire, dans une période où les derniers grands projets ont été fortement freinés, voire arrêtés comme à Notre-Dame-des-Landes ou Sainte-Soline. Les partisans de cette autoroute jettent toutes leurs forces dans la bataille.
Observez-vous des similitudes entre les arguments actuels des promoteurs de l’A69 et ceux utilisés dans les années 1960 ?
Il y a des similitudes très fortes : l’idée que les…
Auteur: Hortense Chauvin

