Plongée dans la formation théorique et pratique d’Abou Mohammed Al-Joulani, qui demande désormais qu’on ne l’appelle plus par ce nom de guerre adopté du temps où il était un éminent leader de l’État islamique en Irak puis d’Al-Qaida en Syrie mais par son nom de naissance, Ahmed Hussein al-Chara.
Présenté par les médias comme un « radical pragmatique », Abou Mohammed Al-Joulani, le nouvel homme fort de la Syrie, soulève de nombreuses interrogations chez les spécialistes des courants djihadistes tant son action et son idéologie s’éloignent des deux modèles que constituent Al-Qaida et l’État islamique (EI, également connu sus l’acronyme Daech).
Un retour sur son parcours permet de mieux comprendre sa vision de l’islam – et, partant, de peut-être anticiper certaines de ses prises de décision futures.
Ni djihad mondial, ni extermination des « ennemis proches »
Véritable troisième voie dans la nébuleuse du salafisme djihadiste, le mouvement de Joulani, Hayat Tahrir al-Cham (HTC), refuse de poursuivre le djihad global cher aux théoriciens d’Al-Qaida comme Ayman Al-Zahawiri ou Oussama Ben Laden pour lui préférer un djihad plus régional, voire national, focalisé d’abord sur le renversement du régime d’Assad et, à présent, sur la gestion du pays.
En cela, le groupe HTC se rapproche dans une certaine mesure de l’EI, pour qui la priorité, avant la guerre contre « les ennemis lointains » est la lutte contre les « ennemis proches », à savoir les « hérétiques » et les « sectes » (c’est-à-dire les différentes branches du chiisme) dont l’existence entrave l’avènement du califat.
Néanmoins, sur ce point, Al-Joulani s’éloigne aussi de la conception du djihad propre à Daech puisqu’à ce jour, HTS ne pratique pas de répression systématique contre les chiites ou les autres…
Auteur: Pierre Firode, Professeur agrégé de Géographie, membre du laboratoire Médiations, Sorbonne Université

