Abrogation du « code noir » : une discussion pour aujourd’hui

Vingt-cinq ans après l’adoption de la loi Taubira qui qualifiait la traite et l’esclavage de crimes contre l’humanité, faut-il aller plus loin dans la reconnaissance par l’État français de son passé esclavagiste ? Oui, dit le député de Guadeloupe Max Mathiasin (Liot), rapporteur d’une proposition de loi examinée jeudi à l’Assemblée nationale, qui porte sur l’abrogation du « code noir ». Au nom de la poursuite d’un processus historique « incomplet », il s’agit d’abandonner définitivement les textes ayant encadré l’esclavage, rendus caducs mais jamais formellement abrogés après son abolition, en 1848.

Juridiquement inutile pour certains, symboliquement cruciale pour d’autres : la proposition sur cet héritage raciste rouvre quoi qu’il en soit le douloureux débat autour des réparations, demandées depuis longtemps par les territoires ultramarins français. Comme la loi Taubira, le texte n’aborde pas ce point hautement complexe – quel est le prix du sang, celui de la colonisation ? Pourtant le nœud est là, esquissé par Emmanuel Macron jeudi dernier lors de son discours prononcé à l’Élysée pour les 25 ans de la loi Taubira. Certains y ont d’ailleurs vu un réajustement après l’abstention de la France sur une résolution onusienne jugée anachronique, qui visait à reconnaître la traite des Africains et l’esclavage comme « les plus graves crimes contre l’humanité ».

Pierre angulaire de nos relations avec l’Afrique, le devoir de mémoire autour de l’esclavage est aussi un impératif national. Le racisme nous fragilise, collectivement et individuellement, ici et maintenant. À l’image de Léon XIV, qui vient de demander pardon au nom de l’Église pour son rôle dans la traite négrière, n’ayons pas peur de remuer le passé, aussi douloureux soit-il, pour mieux prévenir les maux d’aujourd’hui.

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