Abu Joury, une voix arrachée à Gaza

La pluie tombe sur l’Est parisien, insistante, insinuante. Le public se faufile entre les gouttes pour rejoindre la Flèche d’or. L’ancienne gare de Charonne, reconvertie depuis longtemps en salle de spectacle, accueille une foule compacte pour cette soirée organisée par Al Beyt (« la maison », en arabe), collectif d’activistes syriens.

« Je n’arrive pas à croire que je suis ici devant un public à Paris, c’était mon rêve quand j’étais à Gaza », souffle Ayman Mghames, de son vrai nom, quelques minutes avant de monter sur scène. « Ma tête est ici mais mon cœur est encore là-bas », ajoute le Gazaoui, le regard baissé. Les lumières s’éteignent. Et Abu Joury apparaît. Pendant une trentaine de minutes, ses morceaux, ses mots disent la violence. La violence de l’occupation, des bombardements, du déracinement, de l’arrachement aux siens. Le concert s’achève sur « Where do we go ? ».


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Ce texte, Ayman l’a écrit à Gaza dès les premières frappes aériennes de l’armée israélienne, mais il ne l’a enregistré qu’après avoir réussi à sortir de l’enclave palestinienne. Il y raconte les déplacements forcés, successifs, toujours plus au sud ; les tracts largués par drones.

« Israël nous promettait des zones sûres », se souvient-il. « Mais là-bas aussi, les bombes nous poursuivaient. Alors tout le monde posait cette même question : où devons-nous aller ? » Il marque un temps d’arrêt. « Avec ma femme, enceinte, et mes deux enfants, nous avons dû fuir encore et encore, jusqu’à atteindre Rafah, la dernière ville avant la frontière. Là, nous avons dû payer plusieurs dizaines de milliers…

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Auteur: Alexandre Rito

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