Nombre des grands problèmes actuels peuvent être associés, d’une manière ou d’une autre, à une avancée technologique. L’extension de l’informatisation et son impact sur le tissu social et économique ; les guerres contemporaines et la hantise de l’accès aux ressources qui alimentent notre mode de vie technologiquement assisté ; le changement climatique et ses solutions high-tech comme la géo-ingénierie ; l’« indispensable » transition énergétique et la manière dont elle alimente les mouvements d’accumulation et de spéculation associés à la mobilité électrique et aux énergies renouvelables de haute technologie ; la biotechnologie et ses corollaires : la transgénique, la biologie de synthèse, [1], etc.
Pourtant, la réflexion n’est pas, en général, à la hauteur de l’hégémonie sociale exercée par ces transformations technologiques. Chaque phénomène est étudié de manière fragmentaire, ses implications négatives sont dissimulées et, plus important encore, le lien entre la domination capitaliste, la croissance économique, la destruction écologique et le développement technologique demeure en général opaque.
Clarifier le rôle et l’importance de la technologie dans un monde soumis à une crise multidimensionnelle (écologique, économique, sanitaire, climatique, politique, axiologique, etc.) nécessite une pensée tenant compte à la fois de l’ensemble des instruments et des métabolismes de nos sociétés, et de la totalité que forment ces mêmes sociétés [2]. Pour cela, le plus urgent est d’abandonner le paradigme de la neutralité de la technologie.
Selon Langdon Winner, ce paradigme possède deux dimensions [3]. La première est la réduction des objets techniques à de simples outils. Pensons à l’exemple célèbre du couteau. Le couteau peut être utilisé pour faire le bien ou le mal. Il peut être utilisé pour couper des légumes ou pour tuer quelqu’un. Il est, selon les…
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