Accidents du travail non déclarés, pas ou mal indemnisés : les livreurs de repas payent le prix fort

Le 12 octobre, un jeune livreur meurt au CHU de Montpellier. Renversé par une voiture lors d’une course pour une plateforme de livraison de repas à domicile, il allait fêter ses 20 ans. Quelques jours plus tard, à Lille, un autre scooter est renversé au beau milieu de la nuit. À côté de la victime, un homme de 31 ans, se trouve un sac réfrigéré Uber Eats.

Ces morts ne sont pas que des faits divers. À Pessac, Champs-sur-Marne, Mulhouse, Beauvais, Clamart, Villeurbanne, Paris, Sotteville-lès-Rouen … Depuis 2019, au moins dix livreurs pour des plateformes numériques sont décédés dans le cadre de leur travail (selon le recensement de Matthieu Lépine, qui anime un compte twitter sur les accidents du travail). Sans compter les accidents non mortels.

Ces coursiers ont des statuts variables : les indépendants, encore largement majoritaires ; ceux qui disposent d’une activité salariée et qui complètent leurs revenus en livrant pour les plateformes ; et les salariés des coopératives ou d’entreprises de livraison. Dans ces deux derniers cas, les travailleurs bénéficient de la protection sociale des salariés : leurs employeurs cotisent auprès de la sécurité sociale pour assurer leur indemnisation en cas d’accident.

« Les feux rouges, les stop grillés … Ils n’ont pas le choix. »

Le métier de livreur est dangereux, particulièrement pour les indépendants, payés à la course et non pas à l’heure. Chaque course est payée en général moins de cinq euros. Les coursiers sont donc contraints de travailler plus de 35 h par semaine pour dégager un revenu viable.

« Le paiement à la course est accidentogène. C’est d’ailleurs bien pour cela qu’il est interdit dans le cadre du salariat. »

Les heures sont souvent effectuées de nuit, notamment en hiver, à partir de l’heure du dîner. Le travail de nuit augmente les risques pour ces travailleurs : moins visibles des autres véhicules, fatigués, la probabilité d’un accident en est d’autant plus grande.

« Le paiement à la course est accidentogène, déplore l’avocat Kévin Mention. C’est d’ailleurs bien pour cela qu’il est interdit dans le cadre du salariat. » Membre du barreau de Paris, Kévin Mention défend de nombreux coursiers indépendants face aux plateformes. Il se bat pour une reconnaissance de leur statut de salarié, qui permettrait une meilleure protection face aux risques.

La qualité du matériel est un autre paramètre essentiel. Les coursiers doivent eux-mêmes payer leur outil de travail, scooter ou…

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Auteur: Emma Bougerol

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