Il pointe du doigt le mur blanc surmonté de barbelés, à quelques centaines de mètres du seuil de sa maison. Puis Barkat Khan oriente sa main vers la gauche et montre l’étalement de la muraille, qui forme comme un cordon autour de son domicile. « Derrière, c’est le parc solaire. Avant, il y avait là 400 familles, qui cultivaient des lentilles, du millet, des graines de moutarde… Depuis la construction, tout le monde est parti », soupire l’homme de 38 ans.
C’est en 1947, au moment de la partition des Indes, que ses ancêtres s’étaient installés ici, à Nedan, dans l’État du Rajasthan. Un village en plein milieu du désert de Thar, au nord-ouest du pays et à une centaine de kilomètres du Pakistan voisin. À l’époque, personne ne pouvait s’imaginer que la région deviendrait cet eldorado pour les investissements dans les énergies renouvelables, attirés par l’ensoleillement permanent et les fortes bourrasques qui martyrisent ces terres arides. En quelques années, centrales solaires et éoliennes y ont poussé comme des champignons pour assurer une capacité installée de 21 GW, sans compter les 23 autres qui s’y ajouteront bientôt.
Pour Barkat Khan, cela n’a pas changé grand-chose aux coupures d’électricité, toujours aussi fréquentes chez lui. Par contre, il n’a pas tardé à subir d’autres conséquences bien plus palpables : « J’ai des oncles et tantes à dix kilomètres. Si je veux aller les voir, je dois désormais en faire presque 50. À cause du parc, je n’ai plus accès à toutes les routes. Mes enfants ne sont plus scolarisés, car l’école est désormais trop loin. » C’est en 2018 que sa vie bascule, lorsque d’étranges intermédiaires commencent à rôder pour promettre un petit pécule ou un emploi, en échange du foncier.
Paysan contre parcs solaires
Grâce à un flou sur l’appartenance de ces terres, ce projet de parc…
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Auteur: Barnabé Binctin, Guillaume Vénétitay

