Pont-Melvez (Côtes d’Armor), reportage
Des prairies d’à peine plus d’un hectare cernées de talus. Des arbres, partout, sur chacune de ces buttes de terre longilignes situées au creux d’un vallon. Là, une minuscule parcelle triangulaire en friche, elle aussi cernée de trois talus. Plus bas, une prairie plus humide que les autres qui se distingue par ses touffes de joncs qui jonchent le sol. Au loin, encore des arbres et des talus, qui délimitent chaque carré d’herbe. La ferme de la Vieille branche, située à Pont-Melvez dans les Côtes-d’Armor, a bien de la chance.
Les quelques dizaines d’hectares qui longent l’exploitation font presque office de vestige aujourd’hui : ici, les terres n’ont pas connu le remembrement — une opération foncière qui a consisté à partir des années 1940 à araser les talus pour agrandir les parcelles. Une exception sur ce territoire dont le bocage semble avoir quasiment disparu.
« Ce type de paysage relève presque de la découverte archéologique aujourd’hui« , dit Inès Léraud, co-autrice de la bande dessinée nouvellement parue Champs de bataille (éditions Delcourt-La Revue dessinée), capuche sur la tête pour s’abriter de la pluie et bottes en caoutchouc aux pieds pour se protéger de la boue qui tapisse le sol.
Dans son nouvel ouvrage, l’autrice de la fameuse bande dessinée Algues Vertes (éd. Delcourt-La Revue dessinée) met en lumière l’histoire jusqu’alors peu documentée du remembrement. Il a pourtant reconfiguré de façon autoritaire et violente les campagnes françaises à la fin de la Seconde Guerre mondiale. C’est à Pont-Melvez qu’Inès Léraud et Léandre Mandard, historien spécialiste du sujet et conseiller historique pour Champs de Bataille, nous ont donné rendez-vous, « car cette commune fait partie des premières concernées par le remembrement ».
« À l’époque, le projet de l’État est de développer l’industrie…
Auteur: Chloé Richard

