Affaire Epstein : le trop-plein du trauma

Le dégoût, la peur, l’angoisse, le stress, l’anxiété… Je reconnais ces émotions qui reviennent, de plus en plus, quand je vois par hasard Donald Trump proférer des horreurs ou des absurdités avec sa bouche en cul-de-poule. Je me surprends à réprimer une envie de vomir quand je vois la photo de Jeffrey Epstein apparaître, cool, avec des enfants blondes, dont on perçoit sans se forcer à quel point elles sont terrifiées d’avoir été tarifées – pour ne parler que de ça.

Le trop-plein m’envahit avec la publication, comme une poubelle qui dégueule, des millions de fichiers, d’images, de signes. Je vois bien que c’est une diversion, mais je n’y peux rien : ça me fait mal physiquement. Pas par empathie. Non, c’est pire. Ça mobilise à l’intérieur de moi quelque chose de plus fort encore qui me dépasse. Quelque chose de personnel.


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Vous savez ce que c’est le trauma. Il est présent dans nos vécus violés, battus ou incestés, dans nos mémoires marquées par un passé colonial et esclavagiste, l’expérience des sexocides perpétrés lors des chasses aux sorcières ou dans les violences sexuelles, médicales et psychiatriques subies par nos grands-mères et arrière-grands-mères, dont notre ADN a gardé la trace. Bien sûr, en général, on se protège, on pratique le déni comme on mange ou comme on dort : pour ne pas mourir. Mais le stress s’accumule, stimuli après stimuli. Le cerveau ne fait plus la différence entre le réel et le virtuel, et voilà, tout à coup, voilà la phrase d’Epstein, « les femmes, tu jettes la tête et tu gardes le corps » (échange de mails avec l’ex-conseiller de Nicolas Sarkozy, Olivier Colom), qui nous frappe de plein fouet.

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Auteur: Élise Thiébaut

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