C’est une vision nouvelle sur la scène internationale. Celle d’hommes portant barbes noires et turbans, visitant par petites délégations les forums économiques et les conférences internationales. Parfois souriants. Presque avenants. Afghans. Depuis qu’ils se sont rendus maîtres de Kaboul le 15 août 2021, les talibans ont entamé un long processus diplomatique visant à normaliser leur présence et leurs relations dans l’arène mondiale. En espérant un jour voir leur émirat islamique reconnu comme le régime légitime d’Afghanistan – ce qu’aucun pays n’admet aujourd’hui.
Fin juin, c’est au Qatar que s’est joué un important acte de ce ballet diplomatique, avec la tenue de la troisième conférence de Doha sur l’Afghanistan, processus entamé en 2023 sous l’égide de l’ONU. C’était la première fois qu’une délégation talibane y participait – non conviés à la première conférence, ils avaient boudé la deuxième. Après des mois de négociations, ils ont honoré l’invitation. Un groupe de dignitaires emmené par le porte-parole taliban Zabihullah Mujahid a rencontré pendant trois jours la sous-secrétaire générale de l’ONU Rosemary DiCarlo et les délégués d’une vingtaine de pays pour aborder notamment la lutte contre le narcotrafic et la situation économique dans le pays.
Les Afghanes et la société civile étaient exclues de ce dialogue de haut niveau, à la demande des talibans. Plusieurs ONG et observateurs ont dénoncé ce qu’ils estiment être un succès pour le régime et un renoncement de l’ONU. « C’est un gain tactique pour les talibans, et qu’y gagne l’ONU en retour ?, interroge l’analyste Shanthie D’Souza. Dialoguer avec les talibans n’est pas un objectif en soi. Il manque une vision et une feuille de route claire. Les concessions ne peuvent pas être à sens unique. »
« La balle est dans leur camp »
L’ONU s’en défend, arguant que ce dialogue ne vaut…
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Auteur: Pierre Sautreuil

