Est-il justifié de continuer à ne pas reconnaître le gouvernement des talibans, en place depuis maintenant plus de trois ans ? Cette posture n’améliore en rien la situation des femmes afghanes, tout en empêchant la communauté internationale de s’impliquer pleinement dans de nombreux autres dossiers brûlants.
Travailler pour les Nations unies en Afghanistan aujourd’hui présente des difficultés très particulières. Le gouvernement des talibans, en place depuis le 15 août 2021, n’est pas reconnu. Malgré cette non-reconnaissance, l’ONU conserve une présence politique dans le pays, et environ mille expatriés y travaillent pour des agences des Nations unies qui, pour l’essentiel, fournissent de l’aide humanitaire à la population, à la hauteur de quelques milliards par an.
Quand les talibans sont arrivés au pouvoir, ils ont assuré les membres présents de la communauté internationale que ceux-ci pouvaient rester, et que les étrangers (civils) jouiraient dorénavant de leur protection. Les missions diplomatiques occidentales sont toutes parties pour éviter de reconnaître le nouveau pouvoir, mais les agences des Nations unies, elles, sont demeurées sur place. Leur présence se justifiait par le devoir de porter assistance à la population.
Il est vrai que l’Afghanistan est traversé par de multiples crises. La guerre est terminée, mais le pays subit de plein fouet le changement climatique depuis au moins les années 1990. De longues sécheresses alternant avec des pluies torrentielles, ainsi que la fonte des glaciers qui alimentent les canaux d’irrigation, ont provoqué une baisse de la productivité agricole et un exode rural vers les villes.
S’y ajoute une grave contraction économique : le départ précipité de la communauté internationale a fait chuter le PIB de 28 % en un an. À l’automne 2021, une année encore marquée par la sécheresse, l’ONU prévoyait une possible famine. Un peu à contrecœur,…
Auteur: Robert Kluijver, Docteur associé au Centre de Recherches Internationales CERI, Sciences Po/CNRS, spécialiste de la Corne d’Afrique., Sciences Po

