#### ########, jeune fille, a fait oralement devant nous des récits, et des réflexions attenantes à ces récits – que nous avons pris en note et dactylographiés aussitôt. Rien n’a été ajouté ou inventé – et transformé presque rien, sinon pour raisons euphoniques ou rythmiques (afin que le texte s’il devait être donné à voix haute puisse porter). #### ######## a participé avec nous à ce retravail.
Emma Fournier / Frédéric Metz
« Mais le vert paradis des amours enfantines… »
Baudelaire
LA MAIN [1/4]
La jeune fille. –
Une fois, à Charles-de-Gaulle, à Rennes,
un homme, qui devait être une sorte de clodo,
m’aborde. Il dit vouloir me serrer la main.
Je la lui tends. Il la porte à sa bouche.
Il ne la baise pas comme on ferait un baise-main.
Il fait plutôt quelque chose
dans ma paume
qui s’apparente à un suçon. Alors,
je lui retire ma main.
Après, j’ai une impression étrange
(qui me fait culpabiliser) : je sens
ma main droite plus lourde que ma main gauche ;
je sens
la nécessité de la laver – aussitôt.
Je suis mal à l’aise d’éprouver cela.
Et quand même je trouve vite un lavabo :
où je lave ma main.
LA MAIN [2/4]
La jeune fille. –
Dans le métro (quelque temps après),
un homme saisit ma main. (C’était
hormis mon visage le seul morceau de chair
qui sortait de mes vêtements.) Il commence
à lécher ma main. Je lui dis : « Je dois
sortir. Je dois descendre. » Il continue.
Il lèche ma main. Si je tire pour la reprendre,
il la retient de force. De sorte
que la seule manière dont je peux m’en sortir,
c’est, au lieu de tirer en arrière, de donner
un coup en avant – vers son visage.
Ce que je fais – et alors
en effet il me lâche.
Celui-ci n’est pas un clodo. (Mais c’était
quelqu’un qui – d’une certaine manière –
sentait la misère.)
LA MAIN [3/4]
La jeune fille. –
Je me suis demandé – après –
ce qui pouvait pousser des hommes
à faire ça. Parce que
ça m’est arrivé…
Auteur: dev

