Agir contre ses principes au travail, une souffrance psychologique encore méconnue

Longtemps associée aux professions du soin, la « blessure morale » touche aussi de nombreux salariés confrontés à des dilemmes éthiques. KieferPix/Shutterstock (no reuse)


L’ESSENTIEL

  • La « blessure morale » apparaît lorsque des salariés sont contraints d’agir à l’encontre de leurs valeurs.

  • Cette souffrance psychologique, souvent invisible, peut conduire à une perte de sens, à l’isolement et, dans les cas les plus graves, au suicide.

  • Mieux reconnaître les risques éthiques et psychologiques au travail est devenu un enjeu majeur de santé au travail.


Lorsque de violents séismes ont frappé la Turquie et la Syrie en février 2023, plus de 50 000 personnes ont perdu la vie et des milliers d’autres ont été blessées. Un mois après la catastrophe, un employé de banque nommé Efe Demir s’est suicidé à Istanbul. Avant sa mort, il avait envoyé un courriel à ses collègues dans lequel il remettait en cause les décisions et les motivations de son employeur. Il estimait que l’entreprise accordait davantage d’importance à ses profits qu’à l’accompagnement de ses clients touchés par la catastrophe.

La banque a fermement contesté ces accusations. Mais le témoignage d’Efe Demir met en lumière un problème plus large, souvent invisible : la manière dont les pratiques des entreprises, en particulier en période de crise, peuvent provoquer une souffrance psychologique chez leurs salariés.

Parfois qualifiée de « blessure morale » ou de « souffrance éthique », cette détresse apparaît lorsque les travailleurs sont contraints d’agir uniquement dans l’intérêt du profit.

Le psychiatre Christophe Dejours, spécialiste du travail et de la santé mentale, soutient que la complexité du travail oblige les salariés à mobiliser en permanence des ressources émotionnelles et cognitives pour faire face à des dilemmes moraux.

Ces dilemmes peuvent concerner, par exemple, le bilan environnemental…

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Auteur: Ebru Işıklı, Postdoctoral Research Fellow in Sociology, University College Dublin