Pour Brian Massumi, dans ces deux entretiens, l’enjeu n’est pas de s’effrayer de la fin du libéralisme, mais de situer les résistances au capitalisme sur son propre terrain d’émergence. Ces résistances ne relèvent pas de héros et de grands gestes, mais de ce que Massumi appelle une plus-value de vie, cultivée par des pratiques collectives qui rendent l’événement digne d’être vécu pour sa propre intensité. Les deux entretiens rassemblés ici offrent un point d’entrée accessible dans la pensée de l’une des figures marquantes de la philosophie contemporaine, tout en ouvrant de nouvelles voies à l’engagement politique. Le livre vient de paraître aux Éditions Météores, nous reproduisons ici un long extrait de l’entretien “Les mouvements du capital” traduit depuis Principle of Unrest, “Capital Moves” publié chez Open Humanity Press.
Krystian Woznicki : L’activisme et les politiques émancipatrices en général sont souvent en quête du dehors du capitalisme. Votre manière de lier capitalisme et mouvement soulève la question : y a-t-il un dehors du mouvement ? Dans un monde centré sur le mouvement, le non-mouvement lui-même est-il un mouvement ? Brian Massumi : Non, il n’y a pas de dehors du mouvement. Comme le souligne Erin Manning dans son livre Relationscapes, même l’immobilité est composée de mouvements. Une posture immobile est un équilibre dynamique, composé de micromouvements musculaires et attentionnels qui sont perceptibles de manière liminale. En physique, le vide bouillonne d’énergie noire et regorge de rayons cosmiques. Comme le disait Bergson, l’immobilité n’existe pas . Il y a seulement des régimes de mouvements qualitativement différents, dont les manières de se combiner et de se disjoindre composent des champs motionnels-relationnels. Les objets sont des coagulations de ces champs : des nœuds motionnels-relationnels qui en viennent à ressortir sur le fond d’activité…
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Auteur: dev