On a oublié à quel point la lutte altermondialiste a été vive et importante : autour de 2000, elle avait réveillé l’anticapitalisme, ouvert de nouvelles perspectives aux forces de l’émancipation, mis des bâtons dans les roues de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Une des principales actrices de ce mouvement puissant, Agnès Bertrand, s’est éteinte à Nîmes le 2 janvier 2026.
Née en 1948, elle a grandi à Saint-Germain-en-Laye dans une famille illustrée par son arrière-grand-père, Charles Robert Richet, prix Nobel de médecine 1913. À vingt ans, elle étudiait la philosophie à Nanterre lorsque mai 68 explosa : elle s’en rappelait comme d’un temps « magique », entre explosion intellectuelle et ouverture sur le monde, qui lui fit quitter définitivement les voies de la bourgeoisie. Elle partit en Espagne pour dix ans, vivant de traductions et de cours d’anglais, côtoyant « dissidents », selon son mot, et amis Voyageurs, avant de revenir en France en 1980.
Elle découvrit alors Ecoropa, une association discrète présidée par Jean-Marie Pelt, et réunissant des intellectuels cosmopolites qui formaient « le collège invisible des dissidents de l’Occident ». Mais l’action était son moteur : elle engagea l’association dans la lutte contre la destruction des forêts tropicales promue par la Banque mondiale — un sujet alors méconnu —, et elle remit à l’ONU, en septembre 1989 à New York, avec beaucoup d’autres dont Ailton Krenak, une pétition signée par trois millions de personnes en défense des forêts tropicales.
C’est là qu’elle rencontra un groupe de radicaux du Sud — dont Vandana Shiva et Martin Khor, du Third World Network —, et découvrit à leur contact les discrètes négociations menées entre puissances économiques pour libéraliser le commerce mondial. Ces palabres en coulisses visaient aussi à favoriser les OGM (organismes génétiquement…
Auteur: Hervé Kempf

