Rarement un texte n’aura autant déchaîné les passions dans les couloirs feutrés du Palais du Luxembourg. La proposition de loi « pour lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur » arrive sur les bancs du Sénat, le 27 janvier. Avec un contenu explosif : réautorisation des néonicotinoïdes, soutien aux projets de mégabassines, remise en cause des autorités environnementales et sanitaires.
De quoi susciter la gronde. « C’est surréaliste, dit le sénateur écologiste Daniel Salmon. Il s’agit d’un retour en arrière historique, d’un condensé d’attaques contre l’environnement. » Son collègue socialiste Jean-Claude Tissot se dit également « en désaccord complet » avec le texte : « On entre en marche arrière dans le deuxième quart du XXIe siècle. »
L’auteur de cette proposition de loi, le sénateur Les Républicains Laurent Duplomb, assume de porter des « sujets qui fâchent ». D’autant que 192 parlementaires ont cosigné son document. « On me disait que mon texte était beaucoup trop clivant. Mais il a infusé dans les esprits », s’est-il réjoui le 22 janvier lors d’une conférence de presse.
Fringale biocide
Première régression dès le premier article, qui « revient sur la séparation de la vente et du conseil des produits phytopharmaceutiques ». Depuis huit ans, les entreprises qui vendaient des pesticides ne pouvaient plus faire du conseil aux agriculteurs, afin qu’elles ne soient pas juges et parties. Avec la loi Duplomb, finie cette interdiction. Le « conseil » serait d’ailleurs facultatif, et les commerçants pourraient de nouveau proposer des ristournes sur leurs produits. Deux bidons achetés, le troisième est offert !
Cette proposition intervient alors que le marché des pesticides se porte à merveille, contrairement à celui de la bio. Pour la seule année 2022, 68 000 tonnes de substances actives de produits phytosanitaires ont été…
Auteur: Lorène Lavocat

