Le slogan « Notre fin sera votre faim », martelé sur chaque barrage routier depuis le départ de la contestation, témoigne de la crise morale et identitaire que traverse l’agriculture française. Le principe de « souveraineté alimentaire » se situe au cœur des revendications. Arnaud Rousseau en fait son cheval de bataille depuis son élection à la présidence de la FNSEA en avril 2023. Il demande au gouvernement à ce que cet objectif de souveraineté alimentaire soit inscrit dans la loi. Pour lui, la souveraineté alimentaire est indissociable d’une agriculture française exportatrice et surtout compétitive sur les marchés européens et mondiaux.
La notion a pourtant été conçue dans un tout autre sens par le mouvement Via Campesina, qui la définit comme
« le droit des personnes à produire de manière autonome […] en utilisant des ressources locales et par des moyens agroécologiques, principalement pour répondre aux besoins alimentaires locaux de leurs communautés ».
Or, la centralité de l’acte de production et de la recherche du profit ouvre la voie au productivisme. En reprenant à son compte cette notion, A. Rousseau ne fait donc que rafraîchir la devanture de la vieille boutique agricole sans en modifier le fonds de commerce. Bien qu’il affirme le contraire, le président de la FNSEA défend la logique productiviste, qui est un facteur héréditaire de l’identité agricole de la France depuis la fin du Second Empire (1852-1870).
L’invention du paradigme productiviste
L’agronome Édouard Lecouteux (1819-1893), considéré comme le « père fondateur de l’économie rurale », est en quelque sorte le concepteur du paradigme productiviste en matière agricole. En 1855, il publie ses Principes économiques de la culture améliorante, guide pour faire de la ferme une « entreprise » capitaliste et l’agriculture une « industrie » moderne.
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Auteur: Anthony Hamon, Docteur en histoire contemporaine, Université Rennes 2

