De « aïe » à « ouch », les expressions humaines de la douleur sont similaires dans le monde entier, ce qui laisse entrevoir quelque chose de fondamental sur la façon dont les humains forment le langage.
On a tous en tête les mots que l’on prononce lorsqu’on se cogne la tête ou qu’on se brûle les doigts. Pour ceux d’entre nous qui parlent français, c’est souvent “aïe”.
Mais quels mots utilise-t-on pour exprimer la douleur dans d’autres langues ? Ces « interjections » de douleur partagent-elles les mêmes sonorités à travers le monde, comme on pourrait s’y attendre dans la mesure où les cris de douleur sont des réactions réflexes ?
Nous venons de publier un article dans le magazine scientifique Journal of the Acoustical Society of America qui se penche sur cette question pour la première fois. Pour cette étude, nous avons inventorié les voyelles (a, i, o, etc.) présentes dans les interjections de douleur, de dégoût et de joie dans plus de 130 langues à travers le monde. Nous les avons ensuite comparées avec les voyelles utilisées dans des vocalisations non linguistiques (des hurlements, des gémissements, etc.), pour voir sir les interjections et les vocalisations avaient des sons en commun.
Nos résultats indiquent que les interjections de douleur ressemblent effectivement aux vocalisations non linguistiques ; mais cette observation ne s’applique pas clairement au dégoût ni à la joie.
Qu’est-ce qu’une interjection ?
Une interjection est un mot qui peut s’utiliser seul (comme « aïe ! », ou « waouh ! »). Les interjections ne se combinent pas grammaticalement avec les autres mots de la langue.
Comme les linguistes s’intéressent surtout aux structures grammaticales, pendant longtemps ils ne se sont pas beaucoup préoccupés des interjections. C’est la raison pour laquelle certaines questions très simples concernant les interjections restent pour l’instant sans…
Auteur: Maïa Ponsonnet, Researcher, Linguistics, The University of Western Australia

