Ailton Krenak est une des voix les plus fortes des peuples indigènes du Brésil, avec Raoni et Davi Kopenawa. Né au sein du peuple krenak mais formé au journalisme, il a fait le pont entre le monde indigène et la scène institutionnelle brésilienne, militant toute sa vie pour inscrire les droits des indigènes dans la Constitution brésilienne et en formant et animant l’Alliance des peuples de la forêt.
En 2020, il a publié Idées pour retarder la fin du monde (Dehors), dans lequel il démonte sans acrimonie la prétention occidentale à l’universalisme en ouvrant des perspectives positives. Il vient de publier Futur ancestral et Le Réveil des peuples de la Terre (Dehors). Le premier est un livre très inspirant sur ce qu’il appelle la « cosmovision » et le second un recueil d’entretiens retraçant l’affirmation des peuples indigènes sur la scène politique — et montre aussi comment leur parole renouvelle la contestation écologiste globale.
Reporterre a rencontré Ailton Krenak à Paris, dans un jardin public ensoleillé, sous un grand arbre. Plus que d’une interview, il s’agit d’une conversation avec un homme charismatique et joyeux, un conteur malicieux, qui exprime une vision du monde dans des raisonnements à contre-courant du débat intellectuel. Autant de rebonds et d’évocations inspirantes pour aller plus loin. Merci au traducteur, Julien Pallotta.
Reporterre — Que retenez-vous de votre passage en Europe ?
Ailton Krenak — J’ai été en Grèce récemment, avec Davi Kopenawa, un grand chamane yanomami [Les Yanomanis sont un peuple indigène du nord de la forêt amazonienne, harcelé depuis des décennies par des chercheurs d’or]. Nous sommes allés visiter le temple de Zeus, qui surplombe la mer à Olympie. Tout était en ruines.
« Les Blancs ne laissent rien debout »
On a grimpé vers le temple, c’était comme si on marchait sur les vestiges d’une ville bombardée. Face à cette…
Auteur: Hervé Kempf

