Ailton Krenak – J’ai été en Grèce récemment, avec David Kopenawa, un grand chamane yanomami [Les yanomami sont un peuple indigène du nord de la forêt amazonienne, qui sont en butte depuis des décennies aux chercheurs d’or]. Nous sommes allés visiter le temple de Zeus, qui surplombe la mer à Olympie. La voiture s’est arrêtée. Tout était en ruine. On a grimpé vers le temple, c’était comme si on marchait sur les ruines d’une ville bombardée. Je me suis retrouvé face à cette violence et David n’a pas voulu entrer. Je lui ai dit, camarade, entrons pour voir ce qu’il y a dedans. Tout était en ruine, des ruines éternelles. Le chamane yanomami a regardé et il a vu tous les fantômes. Ca l’a rendu très triste. On est sorti de ces pierres et on resdescendu. David était bouleversé, il a posé la main sur la voiture pour tenter de se calmer. Et après s’être un peu apaisé, il a dit : « Maintenant, je sais d’où viennent les orpailleurs qui ont envahi la forêt ».
Reporterre – Pourquoi a-t-il pensé cela ?
Il n’a pas pensé, le chamane voit. Il a vu l’origine de la culture européenne. Et il a dit : « Ce sont les Blancs. Ils ne laissent rien debout, ils vont détruire jusqu’à la dernière frontière. Ils sont très dangereux ». Les Blancs ont une cosmovision qui désoriente tout ce qui est organique, qui empêche toute restauration de l’organisme. Mais nous faisons partie de tout ce qui est vivant, on ne peut pas créer une vie séparée.
Mais peut-être les Blancs diraient-ils : « Oui, il y a eu beaucoup de malheurs, mais nous avons fait de belles choses, le temple de Zeus, l’Acropole, Paris, Brasilia… ».
Les choses ne sont pas bonnes ou mauvaises, ce sont les choses, et nous avons nos points de vue. Le principe de la diversité, c’est que chacun voit selon un point de vue. Si tout le monde voyait à partir du même point de vue, ce serait de la monoculture. Ce qui m’intéresse,…
Auteur: Hervé Kempf

