Il fut un temps où la République savait dresser ses digues. Quand la vague brune menaçait, la droite, la gauche, le centre – tous, ou presque – se tenaient côte à côte, le temps d’un second tour, pour dire non à l’extrême droite. Ce réflexe, que l’on croyait constitutif du paysage politique français, s’effrite à vue d’œil. Un sondage que Politis a commandé vient en apporter la confirmation froide : seuls 41 % des Français se déclarent favorables au front républicain. Autrement dit, près de six sur dix refusent aujourd’hui l’idée même d’un barrage face au RN.
Télécharger ici le sondage Bonafidé pour Politis : « Les Français et le front républicain ».
Ce chiffre dit tout. Le front républicain, né dans les années 1980 pour contenir la progression du Front national de Jean-Marie Le Pen, n’est plus qu’un souvenir. En 2002, quand le patriarche d’extrême droite accédait au second tour, des millions de citoyens descendaient dans la rue. Ce n’était pas un mot, mais un réflexe civique. Vingt ans plus tard, l’appel au barrage contre Marine Le Pen n’a mobilisé que par lassitude. Déjà, nombre d’électeurs de gauche s’étaient abstenus ou avaient voté blanc, faute de croire encore à la vertu d’un vote de refus.
En se présentant comme seul rempart crédible, Emmanuel Macron a transformé le front républicain en plébiscite de sa propre politique.
Depuis, l’érosion s’est accélérée. À droite, la digue a cédé la première. L’héritage gaulliste du refus de toute alliance avec l’extrême droite a été remplacé par une course au mimétisme : la droite classique a repris les thèmes du RN – immigration, insécurité, identité nationale – tout en prétendant garder les mains propres. Résultat : une part croissante de son électorat ne voit plus dans le parti lepéniste un danger, mais une continuité. Au centre,…
Auteur: Pierre Jacquemain

