Alerter sur les pesticides dans le vin peut coûter 125 000 euros : Valérie Murat revient à la barre

« Ce que j’attends de cette audience : que le fond de ce dossier soit enfin abordé ! Pour défendre le droit d’alerter sur les enjeux de santé publique, de santé au travail et d’environnement, et pour cesser d’être bâillonnée et criminalisée. » Valérie Murat, dont le père vigneron est mort au travail d’avoir utilisé trop de pesticides, n’a jamais baissé la tête face au puissant lobby du vin bordelais (lire le portrait de cette lanceuse d’alerte). Porte-parole de l’association Alerte aux toxiques (AAT), elle va comparaître ce mardi 3 novembre devant la cour d’appel de Bordeaux dans le cadre de la procédure en dénigrement engagée contre elle et son association par le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB).

« Que met-on sur les vignes dans le Bordelais ? » : la question à 125 000 euros que Valérie Murat a osé poser

Il aura fallu attendre plus de cinq ans pour que cette audience se tienne. En février 2021, le tribunal de Libourne a condamné Valérie Murat et son association à 125 000 euros de dédommagements pour « dénigrement collectif à l’égard de la filière » des vins de Bordeaux. En cause : un dossier de presse contenant des analyses d’un laboratoire agréé qui montraient la présence de résidus de pesticides dans des bouteilles de vin issues de propriétés labellisées HVE pour « haute valeur environnementale ».

Cette condamnation, inédite par son montant, caractérise ce qu’on appelle une procédure-bâillon, c’est-à-dire une action judiciaire engagée non pas tant pour obtenir gain de cause que pour réduire au silence les voix critiques. La Coalition Case (The Coalition Against SLAPPs in Europe), qui répertorie les procédures de ce type, a classé cette condamnation comme la plus lourde d’Europe.

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Auteur: Sophie Chapelle