Basta! : Pourquoi, dans votre dernier livre Un naturaliste sur le toit de la forêt, avoir choisi le scientifique français Francis Hallé, que vous qualifiez de grand « botaniste voyageur », comme figure centrale ?
Alexis Jenni : J’ai une grande affection pour cet homme, qui a complètement transformé mon regard sur le monde végétal. Je me suis toujours intéressé aux arbres tout en restant un peu sur ma faim, j’ai longtemps eu un sentiment de manque pendant mes études, je trouvais qu’on n’allait pas assez loin dans l’étude de ce qui fait toute leur spécificité, toute l’« altérité radicale » des arbres. Et puis j’ai découvert le travail de Francis Hallé.
De par sa manière de raconter son amour pour les forêts qu’il a étudiées tout au long de sa vie, il m’a ouvert sur une toute autre façon de considérer ce monde-là, en en faisant nos vrais « partenaires du vivant » sur Terre. Il a cet investissement tout à fait personnel qui fait de lui un scientifique très particulier : cette façon de mettre en avant la beauté des arbres, de les dessiner, d’assumer ce sentiment esthétique comme facteur de connaissance.
Alexis Jenni DR
C’est quelque chose d’atypique dans le monde scientifique, a fortiori à une époque où l’on ne jurait alors que par la génétique et le laboratoire. Historiquement, les sciences se sont développées en mettant à distance l’émotion, la singularité, la subjectivité, et d’une certaine façon, ça a assez bien marché, c’est cette…
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Auteur: Barnabé Binctin

