Algérie "Le français, butin de guerre", mais pour qui ?

Permettez-moi de vous citer quelques perles en la matière. Et d’abord, la plus succulente probablement, celle de ceux qui croient avoir fait la découverte du siècle. Ils nous révèlent en effet, triomphants, que « la langue française n’est pas la seule à avoir été une langue de colonisateur » et qu’il y en a eu d’autres bien plus colonisatrices. Ils désignent notamment, et pour cause, l’anglais qui a été non seulement la langue du colonialisme anglais mais aussi, ô horreur, celle de la déclaration Balfour, grâce à laquelle a été créée Israël, et, ô horreur suprême, car ils sont de « gôche » « celle aussi de l’impérialisme américain ». Et même, après tout, au fond l’arabe (on l’attendait celle-là..) n’a-t-il pas été lui aussi une langue de colonisateur, et peut être encore aujourd’hui par rapport au tamazight (*), soupire une aile du parti du français.
Mais qui a dit, un jour d’une langue qu’elle était une langue de colonisation, en elle-même par elle-même. Aucune langue ne l’est. Le français n’est pas une langue de colonisation en France. De même pour l’anglais dans sa patrie. On a presque honte de dire de telles évidences mais cela indique l’indigence du débat où nous entrainent certains.

Tout dépend de l’usage qu’on fait d’une langue. Si c’est pour étouffer une autre langue, une autre société et sa culture, alors c’est un processus de colonisation avec son versant linguistique. Si c’est pour se substituer aux fonctions d’une langue nationale dans l’activité sociale : gestion administrative, relations économiques, activités politiques et culturelles alors c’est une langue de colonisation. Et le danger existe toujours, y compris d’ailleurs pour les langues de cultures fortes : il en est ainsi actuellement en France où le développement prépondérant de l’anglais, au-delà de ses usages utilitaires, suscite des inquiétudes et fait craindre…

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Auteur: Djamel LABIDI