Debout, face au groupement scolaire privé dans cette banlieue cossue des hauteurs d’Alger où sont inscrites ses deux filles, Amar est tout fier. Ce quadragénaire, haut fonctionnaire costaud et peau claire, a inscrit ses deux filles, l’aînée, Rania (13 ans) au collège, et la cadette, Lina (8 ans) au primaire.
Contrairement à la majorité des 12 millions d’élèves algériens scolarisés, les deux élèves blondes y suivent un double programme scolaire : celui imposé par le ministère algérien de l’éducation nationale et celui du programme français. « C’est une surcharge supplémentaire pour mes filles. Mais au moins, je sais qu’elles auront un bon niveau. » Cette possibilité, autrefois répandue uniquement dans l’enseignement privé et perçue comme une chance supplémentaire pour les enfants, commence pourtant à se perdre.
Une filière d’élite devenue clandestine
Ce cursus exigeant a officiellement été banni par les autorités. Seules certaines écoles se risquent à le dispenser sans le dire. En septembre 2023, Alger a en effet enjoint à ces établissements de cesser de dispenser les programmes français et de rompre toute relation avec le Centre national français d’enseignement à distance (Cned), qui leur délivrait des homologations.
À l’époque, l’administration menaçait toute violation de « sanctions sévères allant jusqu’à la fermeture définitive de l’établissement ». Officiellement, à l’heure où les autorités cherchent à faire de l’anglais la première langue étrangère, le français à l’école n’existe plus qu’à travers les cours de langues de l’enseignement classique. Les professeurs doivent se contenter des manuels scolaires nationaux.
Un coup dur pour ces écoles privées fréquentées pour leur préparation au baccalauréat français, sésame indispensable pour espérer la poursuite d’études supérieures dans l’Hexagone. Paniqués par le tour politique que…
Auteur: Akli Ouali, à Alger

