Envoyant son armée au Niger, Alger joue son influence au Sahel. Derrière la protection annoncée de ses intérêts économiques se dessine pour Alger une question plus vaste : comment peser sur l’ordre sahélien sans devenir partie prenante de ses guerres ?
Le 25 octobre 2026, les deux chambres du Parlement algérien ont approuvé l’envoi d’unités de l’Armée nationale populaire (ANP) au Niger. Le Conseil de la nation (la chambre haute du Parlement) a adopté la notification présidentielle à l’unanimité, tandis que l’Assemblée populaire nationale l’a approuvée à la majorité absolue.
Cette décision, prise dans le cadre de l’article 91 de la Constitution, autorise une projection militaire à l’étranger, sans que ses modalités opérationnelles soient publiquement établies. La presse a évoqué la protection d’intérêts énergétiques algériens.
Quatre jours plus tôt, Alger et Niamey avaient signé un protocole de coopération militaire dont le contenu demeure confidentiel. Cette séquence suggère une inflexion : Alger ne veut plus laisser l’insécurité sahélienne déterminer seule sa présence régionale. Elle entend désormais peser plus directement sur les équilibres sécuritaires du Sahel, en combinant coopération militaire bilatérale et défense de ses intérêts stratégiques.
Moins de 24 heures après l’aval du Parlement, le président Abdelmadjid Tebboune a décidé d’envoyer des unités de l’armée au Niger. Au-delà de sa portée opérationnelle, cette décision marque une inflexion stratégique : Alger entend convertir le rapprochement bilatéral en levier de sécurisation de ses intérêts sahéliens, dans un cadre constitutionnel explicite.
En tant que chercheur, j’ai étudié la diplomatie algérienne, ses relations bilatérales et son positionnement dans les rapports de force régionaux et internationaux. À mon sens, la portée de cette décision tient à l’évolution d’une doctrine…
Auteur: Lotfi Sour, enseignant-chercheur, Université Mustapha Stambouli de Mascara
