Il n’aura fallu qu’une voix. Une voix pour qu’un texte du Rassemblement national, pour la première fois de la Ve République, soit adopté par l’Assemblée nationale. Une voix pour qu’un parti fondé sur la nostalgie coloniale, la haine de l’étranger et le repli identitaire voie son discours validé par les institutions de la République.
Ce n’est pas un détail de procédure, c’est un séisme politique. L’objet du vote, la dénonciation de l’accord franco-algérien de 1968, pourrait sembler technique. Il ne l’est pas. Cet accord, fruit d’un compromis historique après une guerre d’indépendance sanglante, reconnaît aux Algériens des droits particuliers en matière de circulation et de séjour.
En d‘autres termes, il traduit une responsabilité postcoloniale : celle d’une puissance ancienne colonisatrice qui admet que l’histoire crée des liens, des dettes et des devoirs. Dénoncer cet accord, c’est rompre symboliquement avec cette mémoire. C’est aussi et surtout, réactiver les réflexes d’un nationalisme crispé, d’un fantasme d’identité close sur elle-même.
On pourrait être tenté de se rassurer : ce vote n’a aucune portée juridique. Il n’a rien de contraignant. C’est un texte a seule visée symbolique. Il s’agit d’une simple résolution et n’oblige pas le gouvernement à présenter un texte de loi. Mais la politique ne se réduit pas au droit.
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La politique est aussi une affaire de symbole, de mots, de gestes. Et celui-ci est clair : l’Assemblée nationale, lieu où s’exprime la souveraineté populaire, a avalisé un texte d’extrême droite, validé sa grille de lecture, admis que son diagnostic sur l’immigration et les accords internationaux méritaient…
Auteur: Pierre Jacquemain

