« Devenir non-vivant », « le dollar bean », « panini »… Sur TikTok, ces mots cryptés ne sont pas de simples jeux de langage adolescent. Ils constituent un système sophistiqué pour contourner les algorithmes de modération, dont la défaillance a de nouveau été dénoncée par un rapport d’Amnesty International publié mardi 21 octobre.
Ce « langage fantôme » conduit certains mineurs déjà fragiles à être exposés à des vidéos valorisant le suicide. L’algospeak, contraction des mots anglais « algorithm » et « speak », désigne l’ensemble des astuces linguistiques employées par les internautes pour contourner les systèmes de modération automatique des réseaux sociaux.
L’algospeak, outil pour piéger les algorithmes
Le principe est simple : remplacer les mots sensibles par des équivalents que les intelligences artificielles ne peuvent pas détecter. Sur TikTok, écrire « vi0l » au lieu de « viol », « depre$ion » plutôt que « dépression », ou utiliser des formules cryptées comme « v10l€r » permet ainsi d’échapper aux filtres. En anglais, le mot « death » devient « unalive », tandis que « seggs » remplace « sex ». Cette créativité langagière s’étend aux émojis. L’aubergine peut désigner un pénis, le maïs remplace le mot « porno », et le tournesol a été utilisé pour parler de l’Ukraine lors de l’invasion russe.
Amnesty International a créé trois faux comptes d’adolescents de 13 ans en France. Le constat est glaçant : en quelques minutes, ces profils ont été exposés à des contenus dépressifs. En moins d’une heure, deux comptes affichaient des vidéos exprimant des pensées suicidaires. Le « défi du baume à lèvres », identifié durant l’été 2025, illustre ce danger. Initialement anodin, ce défi a évolué en une pratique mortifère : couper un morceau de baume à chaque moment de tristesse, puis…
Auteur: Margaux Acosta
