La Rochelle (Charente-Maritime), reportage
Certains athlètes vibrent sur le podium, pour un set remporté, un but marqué ou une ligne d’arrivée franchie. Amaury Guérin, non. Ou du moins pas seulement. Quand l’iris bleu fluo de ce petit génie de la voile pétille, qu’un sourire immense s’imprime sur son visage avenant, c’est qu’on lui parle de plancton : de copépodes aux longues antennes délicates, de dinoflagellés en forme d’ancre, de diatomées, joyaux des mers semblant taillés dans la silice par des fées…
Le navigateur a rencontré le monde de l’infime en 2022, à la faveur d’un voyage en solitaire vers le Grand Nord, ses îles aux pics abrupts et son soleil de minuit. Avant le départ, il avait proposé à des scientifiques de collecter des données pour eux. Le chercheur Colomban de Vargas lui avait confié un filet à plancton et un microscope. « J’ai eu une sensation de vertige, se souvient-il. Dans une seule goutte d’eau de mer, je voyais une vie immense. Et des gouttes d’eau, il y en avait à perte de vue autour de moi. Partout, des milliards de vies se déroulaient, sans que je les voie à l’œil nu. »
Né en 2002, le jeune homme, qui compte parmi les navigateurs les plus prometteurs de sa génération, aurait aisément pu se contenter d’enchaîner les compétitions, en parallèle d’une vie déjà bien remplie par un double-cursus à l’école d’ingénieurs Insa et Sciences Po Rennes. Sa découverte a opéré un « basculement ». « Jusque-là, je voyais surtout l’océan comme un terrain de jeu. J’ai réalisé que c’était un terrain de vie. »
Sensibiliser à l’importance des micro-organismes
À 20 ans et des poussières, le « planctonaute » a créé un festival qui sensibilise chaque été les habitants de la Vendée — où il a grandi — à l’importance de ces micro-organismes. Leur devenir l’a également poussé à prendre une décision audacieuse, tranchant…
Auteur: Hortense Chauvin

