Plusieurs lames de fond économiques, sociopolitiques et culturelles traversent actuellement l’Amérique latine de part en part. Entre euphorie extractiviste et périodes de crise, virages à gauche ou à droite, velléités intégrationnistes et rivalités hégémoniques, le climat est à l’instabilité démocratique, à la violence, aux émigrations et même à la remilitarisation.
Rébellions émancipatrices et mobilisations réactionnaires ajoutent aux tensions en cours. Le sociologue Bernard Duterme, Directeur du Centre tricontinental – CETRI (Belgique), revient de manière synthétique sur ces diverses tendances avec cet l’éditorial du dernier numéro de Alternatives Sud (publication trimestrielle composée d’articles d’auteur et autrices du « Sud global »).
Aborder l’Amérique latine comme un seul et même ensemble, au risque de négliger les singularités nationales, relève de la gageure. Comment confondre 7 millions de Nicaraguayen·nes sous l’emprise d’un révolutionnaire qui a tourné casaque et 220 millions de Brésilien·nes qui tanguent entre « bolsonarisme » et « lulisme » ? Comment amalgamer l’hypermodernité chilienne et l’effondrement haïtien, la « 4e transformation » mexicaine et les imbroglios de la gouvernance péruvienne, les conservatismes centro-américains et les progressismes du Cône Sud ? L’évocation de tel ou tel pays suffit à mesurer l’irréductibilité d’une situation particulière à une autre ou même, par relation métonymique, aux grands traits de la région à laquelle elle appartient.
Que l’on considère l’étendue territoriale (le Salvador est 425 fois plus petit que le Brésil), la géographie (plus ou moins riche en ressources), la densité de population (Haïti est 39 fois plus densément peuplé que la Bolivie), la composition ethnique (le Guatemala compte plus de 55% d’indigènes, l’Argentine moins de 2% ; le Mexique en dénombre entre 12…
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