L’expansion de l’artillerie et des armes à feu transforma en profondeur la chirurgie occidentale : des blessures d’un genre nouveau appelaient des remèdes nouveaux, comme les amputations, de plus en plus fréquentes. Les blessés rivalisèrent d’ingéniosité pour se fabriquer des prothèses artisanales, comme des mains de fer.
Entre cœurs artificiels et prothèses myoélectriques, une grande partie des éléments du corps humain est désormais remplaçable. Ce ne sont pas seulement les prouesses de la technologie et les progrès de la chirurgie qui rendent la chose possible. Ces évolutions découlent aussi d’un concept – l’idée que les êtres humains peuvent et doivent transformer le corps des malades de manière extrêmement complexe et invasive.
D’où vient cette idée ?
Les spécialistes décrivent souvent la guerre de Sécession comme l’un des premiers laboratoires des techniques d’amputation et de la conception de membres artificiels. Les amputations étaient l’opération la plus courante de la guerre et toute une industrie des prothèses s’est développée à l’époque. Quiconque a vu un film ou une émission de télévision sur la guerre de Sécession a probablement assisté à au moins une scène montrant un chirurgien s’approchant d’un soldat blessé, une scie à la main. Les chirurgiens ont pratiqué 60 000 amputations pendant la guerre, en consacrant à peine trois minutes par membre.
Pourtant, un changement profond dans les pratiques relatives à la perte d’un membre s’est opéré bien plus tôt en Europe, dès les XVIe et XVIIe siècles.
Instrumenta chyrurgiae et icones anathomicae/Ambroise Paré via Wellcome Collection
En tant qu’historienne des débuts de la médecine moderne,…
Auteur: Heidi Hausse, Associate Professor of History, Auburn University

