Au nom de l’anti-terrorisme, l’État français a fait de la lutte contre la « radicalisation » un axe central de son intervention idéologique et coercitive. « Islamistes », « islamogauchistes », « wokistes », « intersectionnalistes », tou·tes radicalisé·es ! Mais au regard de l’intensité prise par la répression des mouvements sociaux, de l’encerclement sécuritaire des quartiers populaires et d’immigration, et de la récurrence des interventions militaires françaises depuis une dizaine d’années, ne devrait-on pas retourner le stigmate pour affirmer que c’est l’État qui connaît une radicalisation autoritaire.
Dans cet entretien autour de son livre, récemment paru aux éditions La Fabrique, Claude Serfati revient sur l’anatomie qu’il y propose de cet État radicalisé, et en particulier sur le rôle de l’armée dans ce processus.
Votre livre L’Etat radicalisé (La Fabrique) paraît dans un contexte où l’on s’interroge de plus en plus sur des branches de l’Etat, par exemple la justice et la police, et les violences qu’elles font subir à la population. Comment l’armée s’insère-t-elle dans cette radicalisation autoritaire ?
En principe, la sécurité intérieure et la sécurité extérieure sont des missions qui sont dissociées dans les États démocratiques, et même dans les autres d’ailleurs. Donc on pourrait évacuer la question en disant que l’armée n’a pas de rôle dans la radicalisation autoritaire intérieure. Cela serait regrettable pour plusieurs raisons. D’abord, parce que la nouvelle conjoncture historique qui s’est développée depuis les années 1990 s’est traduite par une confluence de la sécurité intérieure et extérieure dans les agendas de sécurité nationale des pays dominants.
La disparition de l’URSS en 1991 semblait marquer la fin des guerres inter-étatiques, et les menaces, selon les documents officiels, viendraient principalement des obstacles à l’accès aux ressources naturelles et à leur transport, ou bien des populations rurales chassées de leur terre qui gonfleraient les immenses mégapoles des pays en développement. Plutôt que la défense contre un État bien identifié, la sécurité nationale est donc menacée de l’intérieur et pour des raisons économiques ou sociales.
Ces discours reflétaient également les conséquences d’un changement majeur dans la trajectoire économique. Le régime d’accumulation à dominante financière, ainsi que l’a qualifiée François Chesnais, a conduit à l’offensive…
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Auteur: redaction

