Andreas Malm : « Cibler les SUV ou jets privés peut aider les luttes »

Il sera resté moins d’une semaine en France, mais aura pu observer la manifestation contre la réforme des retraites le 23 mars à Paris, et celle contre les mégabassines le 25 mars à Sainte-Soline (Deux-Sèvres). Le Suédois Andreas Malm, maître de conférences en géographie humaine, auteur notamment de Comment saboter un pipeline (La Fabrique, 2020), est un des penseurs contemporains qui étudient la place de la violence dans la lutte environnementale. Alors que les manifestants déplorent plus de 200 blessés dans les Deux-Sèvres, Andreas Malm revient sur la lutte environnementale actuelle et les stratégies que doit suivre le mouvement climat.

Reporterre — Vous étiez présent à la mobilisation contre les mégabassines à Sainte-Soline les 25 et 26 mars. Quel est votre ressenti ?

Andreas Malm — J’ai été très impressionné à la fois par le degré de militantisme déployé par les manifestants, et par la violence employée par la police. Il s’agit d’un événement d’importance historique : c’est le premier conflit social majeur qui se déploie autour d’un dispositif d’adaptation au changement climatique — c’est, en tout cas, ainsi que le présentent ses promoteurs. Ces luttes sont amenées à s’intensifier, à mesure que le dérèglement climatique s’accentuera.

Cette mobilisation et le nombre de manifestants réunis [30 000 selon les organisateurs] mettent en évidence le fait que ces dispositifs ne sont pas des réponses naturelles et normales au changement climatique : ce sont des mesures pensées pour le secteur privé, qui ne prévoient pas de partager la ressource, et sont donc profondément brutales.

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Certes, les manifestants n’ont pas réussi à s’introduire en nombre sur le chantier. Mais un succès des militants a été de proposer une diversité de tactiques pendant la manifestation : les participants au black bloc et des groupes de contact habillés en bleu, soutenus par les manifestants restés plus loin derrière [qui prévenaient lorsque des grenades de désencerclement étaient tirées, ou se coordonnaient pour acheminer les medics sur le champ, par exemple]. Je dois aussi dire que la police française emploie des méthodes bien plus violentes que la police allemande, que j’ai pu bien observer.

Sur les mégabassines comme sur la réforme des retraites, les manifestants s’opposent à un pouvoir inflexible. Que peut-il se passer maintenant ?

Je suis un observateur extérieur — je ne parle même pas français, j’ai appris à mon fils de quatre ans à chanter « Tout le monde déteste la police », mais ce sont les seuls mots que je connais. Toutefois, ce que je vois est un…

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Auteur: Nicolas Celnik Reporterre

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