Jour 30 – Lettre d’une insomniaque
Je suis lasse. Tellement lasse de devoir répéter les mêmes abominations, les mêmes faits, les mêmes déceptions.
Comme si l’humanité, dans un mouvement perpétuel — irrésistiblement oppressant — s’était donné pour mission de rejouer, encore et toujours, la même partition. Plus cynique à chaque tour, plus inventive dans l’indécence.
Elle change les acteurs, déplace les enjeux, improvise un récit plus audacieux, plus redoutable. Mais sans même se fatiguer à renouveler le procédé narratif : le bien, le mal ; les bons, les méchants.
Et nous, on nous sert encore la même sornette : à l’aube, la DGSI aurait cueilli au pied du lit un nid d’espions russes.
Je revis l’affaire Assange. Les mêmes bascules fracassantes. Les mêmes espoirs. Les mêmes déceptions. Toujours ce compte à rebours infini qui vous remue l’âme, où l’arbitraire et l’incohérence de la répression nourrissent mes songes et égrènent mes nuits d’insomnie… une à une.
Espérant une libération, enfin.
J’aurais préféré un monde lisse, sans aspérités. Juste assez agité pour ranimer la joie, le bonheur — et éviter tant de douleurs. Un monde où les idéaux de la République — Liberté, Égalité, Fraternité — ne seraient pas des mots amochés et évacués, mais une réalité vivante, surprenante.
Pourtant, chaque matin, je me réveille avec cette certitude irritante et glaçante : nous sommes en train de basculer. Pas d’un coup. Pas avec fracas. Par petites touches, par des silences qui s’étirent, par des habitudes qui s’installent.
Les crises nous épuisent.
LE RÉVEIL EN SURSAUT ET RAPPEL DES FAITS
Le 17 novembre 2025, à 6 heures du matin, une vingtaine d’hommes en cagoule ont enfoncé la porte d’Anna Novikova et de ses camarades de SOS Donbass.
Pas de flagrant délit. Pas la moindre preuve publique. Rien — sinon le secret-défense, cette ombre qui avale tout.
Après 96 heures…
Auteur: Cassandre G

