Basta! : Vous avez eu, plusieurs fois dans votre vie, l’occasion de visiter des prisons françaises. Qu’avez-vous retenu de ce que vous avez vu sur le terrain, et pourquoi cela vous a-t-il interpellé ?
Anthony Smith : J’ai été inspecteur du travail pendant vingt ans, et j’ai été plusieurs fois sollicité pour vérifier la conformité des lieux de travail des centres pénitentiaires et maisons d’arrêt sur mon secteur. J’ai souvent été choqué par ce que j’y voyais. C’est comme cela que j’ai commencé à m’intéresser au sujet des prisons.
Une fois eurodéputé, je me suis demandé ce que je pouvais faire. Il y a une prérogative que je peux exercer – qui est la même que celle des députés nationaux – c’est d’avoir accès [sans autorisation préalable, ndlr] aux lieux de privation de liberté. J’ai ainsi pu voir des cellules de garde à vue et différentes prisons, comme à Lannemezan (Hautes-Pyrénées), Châlons-en-Champagne (Marne), Mulhouse (Haut-Rhin). Et je vais continuer, car je peux ensuite témoigner en public. Ce que j’ai fait une fois, lors de ma minute libre en plénière au Parlement européen.
Car je me rends compte à quel point le sujet des prisons est traité soit de façon marginale, soit disqualifiante, où l’on nous sert un discours selon lequel « la prison, c’est le Club Med ». Mais moi, ce que j’ai vu au contraire, ce sont des lieux de déshumanisation absolue. Donc, je vais dans les prisons, parce que c’est un moyen de rendre visible quelque chose d’invisible. Et aussi de rappeler qu’on reste aujourd’hui dans une vision répressive et punitive de la prison, qui est pour moi un modèle daté et arriéré.
En tant que spécialiste des conditions de travail, que vous inspire le fait que les personnes détenues puissent être considérées, dans de nombreux pays européens, comme de la main d’œuvre mise à la disposition notamment d’entreprises privées, avec peu de…
Auteur: Mathilde Dorcadie

