L’anthropocentrisme, entendu comme la préférence donnée à l’humain dans un monde qu’il est libre d’exploiter à sa guise, tend à entrer en collision avec une notion de plus en plus utilisée ces dernières années : le spécisme. Le philosophe François Jaquet a récemment souligné le risque de confusion entre les deux termes. Il est, de fait, impératif de les dissocier. C’est possible si l’on fait l’hypothèse que l’anthropocentrisme est un biais cognitif, là où le spécisme relève d’un projet de société.
Des anthropocentrismes
L’anthropocentrisme est une notion qui, bien que fréquemment utilisée, ne se laisse pas aisément cerner. Les définitions données par les dictionnaires sont imprécises, mais s’accordent globalement pour y décerner la propension des humains à se voir comme le centre de l’univers. C’est donc un mode de relation au monde où ces mêmes humains jugent de tout par rapport à eux, n’accordant attention et importance qu’à ce qui offre de l’intérêt pour eux. De fait, le discours savant tend aujourd’hui à condamner l’anthropocentrisme en raison de son finalisme, c’est-à-dire l’inclination à percevoir la nature comme une ressource à exploiter sans vergogne, l’humain étant son premier destinataire ; à tout le moins possède-t-il, en raison de son exceptionnalité, plus de droits sur elle que n’importe quel autre être vivant.
Cette conception négative de l’anthropocentrisme est en partie remise en cause par certains apports de l’anthropologie. Par exemple, les travaux de Philippe Descola sur les Achuar d’Amazonie équatorienne montrent que si ceux-ci posent un regard anthropocentrique sur le monde, il s’agit cette fois d’un anthropocentrisme…
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Auteur: Philippe Le Doze, Maître de conférences HDR en Histoire ancienne, Université Rennes 2

