Anthropologie fondamentale pour une gnose anarchiste

L’homme est un animal social ; en lui, l’humanité n’est pas innée : un enfant élevé par des loups sera plus proche du loup que de l’homme. Mais la solidarité des loups envers cet enfant nous montre que les relations sociales ne sont pas spécifiquement humaines et qu’il est insuffisant de définir l’homme comme un animal social, la socialité étant partagée par d’autres espèces.

La vie en société est-elle un moyen d’affranchissement pour l’individu ou une cause d’asservissement ? mène-t-elle à une extension de la liberté individuelle ou à son amoindrissement ? Telles sont les questions déterminantes qu’une anthropologie anarchiste devrait se poser car, si la société transmet à l’homme la possibilité de son humanité, elle ne le fait qu’en le privant d’une part essentielle de sa potentialité de vivre en humain. Ce qui fait l’humanité de l’homme est l’objet de ce que nous pourrions appeler l’anthropologie fondamentale, science de la reconnaissance du principiel dans l’humain : la conscience de la vie contre le monde.

L’anthropologie anarchiste

L’anthropologie anarchiste est une branche de l’anthropologie politique ; mais, alors que cette dernière prend pour objet toutes les formes d’organisations sociales expérimentées par l’humanité, l’anthropologie anarchiste étudie plus spécifiquement les sociétés qui ont inventé des formes de résistance aux institutions autoritaires de type étatique.
David Graeber (1961-2020) a proposé cette appellation dans son essai Pour une anthropologie anarchiste. Les grands prédécesseurs de l’anthropologie anarchiste sont Pierre Kropotkine (1842-1921) et, plus près de nous, Pierre Clastres (1934-1977). Parmi les anthropologues contemporains, outre David Graeber et Marshall Sahlins (1930-2021), tous deux récemment disparus, on citera Harold Barclay (1924-2017) et James C. Scott.
David Graeber soutient qu’il existe une pratique anarchiste de l’anthropologie qui cherche à se libérer de l’ethnocentrisme de la science politique occidentale. Pour lui, l’anthropologie anarchiste doit s’émanciper du grand récit canonique qui, à partir du texte rousseauiste fondateur, le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, fait remonter l’origine de l’inégalité sociale au néolithique, c’est-à-dire à l’invention de l’agriculture. Ce récit classique prétend que les hommes de la fin de la période glaciaire vivaient au sein de groupes égalitaires de chasseurs-cueilleurs….

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: lundimatin

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