Anti-sapiens

Tout le monde, ou presque, connaît de près ou de loin Sapiens de Yuval Harari, best-seller vendu autour de 10 millions d’exemplaires. Il ne prétendait pas moins que faire une « brève histoire de l’humanité ». Ce scandale intellectuel a été largement débusqué mais voici que cet article nous est venu qui signale la parution d’un « d’un manuel en ligne d’autodéfense pour la pensée et l’imaginaire ». Intitulé Sapiens, une fantasmagorie de l’humanité, ce petit opus tente de dynamiter les longs ouvrages d’Harari pour en faire ressortir l’aspect partisan et ennemi.

Le nom, Yuval Harari, ne vous dit rien, mais la couverture vous est familière. Sapiens, en lettres rouges sur fond beige. Il se glisse partout. Dans toutes les vitrines. Peut-être avez-vous vu passer les deux tomes suivants, Homo Deus et 21 propositions pour le XXI e siècle en librairie, au Relay, à la Fnac, et même dans les librairies de gauche. Ah oui, vous en avez vaguement entendu parler. Ou bien, on vous l’a offert à Noël. Ou bien, vous vous êtes procuré la BD par curiosité. Mieux, votre père le rabâche aux dîners de famille. Plusieurs ami.es l’encensent carrément. Voire, c’est le livre de philosophie préféré d’une personne que vous connaissez.
Seulement voilà, c’est aussi le livre préféré de Barack Obama et de Bill Gates.
Comment peut-il plaire à des personnes aussi variées ?

Sapiens raconte l’histoire de l’humanité de ses origines à aujourd’hui. Il réalise la prouesse d’offrir à tout.e lecteur.rice une histoire exhaustive et scientifique dans un format digeste. Sapiens est simple, léger, intriguant, volontiers provocateur, tantôt critique du capitalisme occidental, tantôt positif. Il n’emploie jamais de mot abrupt, trop conceptuel, trop militant. Il offre cette délicieuse qualité d’être à la fois lucide sur la fatalité du monde et optimiste pour l’avenir. C’est une consolation nécessaire, en ces temps embrumés. Il confère, à la dure réalité du monde, le relativisme tranquille de l’ascèse bouddhiste, marinée dans l’équivalence post-moderne.

Peut-être est-ce une bonne chose pour Zuckerberg, que la consolation. Certes nous cherchons tou.tes un peu de hauteur pour s’extirper du nihilisme ambiant. Mais fait-il bon planer aux côtés de Yuval ?
D’abord, la forme inspire méfiance. Le livre est lourd, 492 pages à la police bien épaisse, édité chez Albin Michel. Il prend de la place dans une bibliothèque, il se lit dans un salon haut de plafond, pas en vadrouille ni à l’arrêt de bus. On l’ouvre, on le feuillette. On…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: lundimatin

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