Antibassines, Faucheurs volontaires… Ces militants privés de manifestation par une mesure antiterroriste

Il était 18 h 30, vendredi 30 octobre, lorsqu’Aldo, instituteur retraité de 71 ans, a reçu la visite de trois gendarmes pour lui remettre un arrêté du ministère de l’Intérieur. « Vous faites l’objet d’une mesure de contrôle administratif et de surveillance prise en application des articles L. 228-1 à L. 228-7 du Code de la sécurité intérieure », est-il écrit au début du document, que Reporterre a pu consulter. Ces articles définissent les « mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance », de leur petit nom les « Micas ». Des mesures destinées à « prévenir la commission d’actes de terrorisme », précise le texte de loi. 

La mesure peut s’appliquer à « toute personne à l’égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d’une particulière gravité pour la sécurité et l’ordre publics et qui soit entre en relation de manière habituelle avec des personnes incitant, facilitant ou participant à des actes terroristes […] soit soutient, diffuse […] ou adhère à des thèses incitant à la commission d’actes terroristes ou faisant l’apologie de tels actes ». Un portrait dans lequel Aldo peine à se reconnaître. « Les seules bombes que j’ai déposées dans la vie, c’étaient des bombes à graines dans des cultures d’OGM », témoigne ce militant des Faucheurs volontaires d’OGM. 

« C’est littéralement une
assignation à résidence »

Habitant d’un petit village dans le Lot, Aldo comptait se joindre à la manifestation du samedi 31 octobre. Au lieu de cela, il a dû se rendre à la gendarmerie dans l’après-midi pour « pointer », accompagné de soutiens face à cette mesure « arbitraire ». Pendant deux jours, il avait interdiction de quitter sa commune, de se rendre aux abords d’une manifestation, qu’elle soit déclarée ou interdite. Autrement, il risquait trois ans…

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Auteur: Léa Guedj