Antimatrix


En lisant ton livre, que tu présentes construit « comme un roman noir », on ne trouve finalement pas d’explication directe du titre : Antimatrix. Mais ce que l’on peut sentir, c’est que toutes tes analyses de la société, de l’argent, de l’art, de la ville, de la drogue, bref, tout ce que tu brasses avec ce texte est ancré dans une expérience, dans un « angle mort » comme tu dis. Ce point de vue ancré était déjà très présent dans tes précédents livres, sur Marseille, sur le Mexique ou sur la Tarentelle du sud de l’Italie. Mais cette fois-ci, il y a quelque chose de plus « théorique ». Quelle est la continuité que tu ferais entre Antimatrix et tes livres plus « historiques » ?
On m’a déjà posé la question avant Antimatrix, tu t’en doutes. J’avais répondu qu’en fait, dans tout ce que j’écris, je raconte ma vie sans jamais parler de moi. Ce qui lie les livres que j’ai écrit avant Antimatrix, c’est déjà le fait d’envisager la vie comme voyage dans le monde, au sens tout autant poétique que géographique. Et voyager, ce n’était pas seulement partir explorer d’autres lieux, mais d’abord sortir des circuits imposés, vivre comme un fuyard dans son propre pays. Un voyage qui n’était pas seulement individuel, cela est important, un voyage qui se déroulait dans une communauté de l’expérience, en bonne compagnie, à Marseille, en Italie du Sud, dans le Mexique indigène et ailleurs… A travers ces différents ouvrages, se dégage un concept du commun, et Antimatrix correspond à un moment où il faut l’expliciter, ce qui implique de reprendre les concepts qu’on a déjà sous la main. Car les concepts ne sont pas des reflets, ce sont des armes. Comme une arme à feu, il faut de temps à autre les démonter, vérifier que les ressorts fonctionnent, bien graisser les divers éléments puis les remonter et s’assurer que l’arme soit prête à l’usage avant de repartir en première ligne.

C’est une fois le livre achevé que je me suis dit qu’il est finalement construit un peu comme un roman noir, même si je ne l’avais pas pensé ainsi en l’écrivant. Sauf qu’évidemment, là il n’y a pas de personnage pour mener l’enquête, et le secret qu’il faut lever est déjà public… Mais ce qui fait le piment du roman noir, c’est précisément cette incertitude dans laquelle il nous plonge tout au long de la narration -cette inquiétude, pour employer un beau terme hégélien. Je crois qu’on trouve ça aussi dans Antimatrix, qu’en penses-tu ?

J’aurais…

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Auteur: lundimatin