Chaque année c’est la même réflexion, qu’est-ce qu’on aimerait ne plus avoir cette tension en voyant le 20 novembre arriver. Chaque année on aimerait que ce soit la dernière fois, qu’on n’ait plus à rendre adelphage à nos mort·e·s de la haine transphobe. Ne plus avoir à se poser la question insoutenable de qui nous manquera cette fois-ci. Pouvoir espérer que chaque vie trans ait moins de fantômes autour d’elle.
Mais force est de constater qu’on va encore et encore et encore être amené·e·s à se retrouver à cette date, pour partager nos peines, nos douleurs, les absences qui nous hantent. Et la rage, de voir que c’est toujours les mêmes histoires et statistiques impitoyables qui racontent les mêmes oppressions systémiques.
Parce que si on peut mourir d’être trans, le risque augmente fatalement en étant racisé·e, précaire et/ou TDS. C’est important de s’en souvenir, puisque souvent ce sont les personnes que l’on retrouve le plus à la marge de nos milieux. Celleux qui ont le plus besoin du fameux soin communautaire, celui que l’on brandit à tour de bras en oubliant régulièrement d’où cela vient, par qui et pour qui.
Les LGBT+ aiment beaucoup évoquer le souvenir de Stonewall, on parle moins de STAR. Street Tranvestites Action Revolutionaries fondé par Sylvia Rivera et Marsha P. Johnson, qui aidait les queers en galère, celleux qui vivaient dans la rue ou sortant de prison, en fugue ou viré·e de leur famille. STAR proposait du soutien, des repas et des logements, s’autofinançant avec le travail du sexe.
Sylvia Rivera avait vu venir le leurre de l’assimilation, celui qui consiste à se concentrer sur les droits individuels avec le vœu que cela suffira à acheter sa liberté.
Ce que nous montre tous les jours la régression des acquis pour les personnes trans que l’on voit un peu partout dans le monde, c’est qu’il n’y a rien de plus fragile que les miettes grappillées au gré des volontés…
Auteur: IAATA

