Apprenons à aimer la laisse de mer, ce tapis d'algues et sa vie foisonnante

Belle-Île-en-Mer (Morbihan), reportage

Une langue de sable blanc et un goulet d’eau turquoise, enchassés dans des falaises débordant d’ajoncs, d’orchidées sauvages et de criste marine : la plage de Port-Fouquet, sur l’île bretonne de Belle-Île, a tout de la carte postale. Avec un petit truc en plus, auquel nos yeux d’arpenteurs du rivage modernes se sont peu à peu déshabitués. « Scrouitch, scrouitch. » Sous nos pas, un épais matelas d’algues croustille. Il enlace la mer, formant une ceinture végétale sur laquelle les vagues viennent mollement s’écraser.

Cet amas cuivré, où s’enchevêtre une myriade d’algues pourpre, verte et noire, c’est la « laisse de mer » : des reliquats de la vie océanique, déposés à chaque marée par les flots sur la terre, où ils s’accumulent. Débris de laminaires (des algues en formes de rubans formant des forêts sous-marines), capsules d’œufs de raie, morceaux de bois flotté envahis par les pouce-pieds, pinces de crabes, restes de poissons… On peut y observer un impressionnant échantillon de plantes et d’organismes, qui sont autant d’indices de la vitalité du large et de l’altérité des êtres qui y logent.

La laisse de mer — à distinguer des marées d’algues vertes, dues à l’élevage intensif et nocives pour la santé — est aussi naturelle que les feuilles mortes dans les bois. « On peut la comparer à l’humus des forêts », explique Gaël Cardinal, responsable adjoint du service espaces naturels de Belle-Île.

« Toute une chaîne du vivant s’installe »

La vie y fourmille tout autant : pour le prouver, le trentenaire farfouille dans une touffe d’algues. Sous une première couche rôtie par le soleil, il met au jour un tapis frais et humide, d’où bondissent illico une foule d’insectes et de talitres sauteurs, de petits crustacés translucides. « Dans 2 cm d’algues en décomposition, toute une chaîne du vivant…

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Auteur: Hortense Chauvin, Mathieu Génon

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