Après Bayrou, cherche sortie de crise désespérément

François Bayrou aura attendu neuf mois avant de solliciter la confiance de l’Assemblée. Neuf mois pour franchir un pas inédit sous la Ve République : jamais un gouvernement n’avait chuté en sollicitant ce vote solennel. Le rejet, net et attendu, a inscrit une page sombre de la vie parlementaire. Pour la première fois depuis 1958, l’exécutif tombe sur un vote de confiance.

Plus encore que la défaite personnelle de Bayrou, c’est le système politique tout entier qui est mis en cause. Aujourd’hui, au Palais-Bourbon, il ne s’agissait pas seulement de trancher le sort d’un premier ministre. La séquence a ressemblé à une série de discours de politique générale parallèles.

Chacun des président·es des douze groupes parlementaires et non-inscrits du Palais-Bourbon, dans son registre, a profité de l’instant pour se projeter dans l’après-Bayrou. Comme si chacun se voyait déjà en successeur possible, plaidant pour un avenir où son camp occuperait Matignon – soit dès demain, soit après une dissolution. Une scène de substitution, à la fois solennelle et théâtrale, où la crise institutionnelle se doublait d’une compétition ouverte.

À droite, Laurent Wauquiez a campé un chef de file déterminé, en désignant La France insoumise comme « premier danger pour la République ». Le mot est fort : non pas adversaire, mais danger, ennemi intérieur. L’extrême droite, elle, ne fut même pas mentionnée. Ce silence, loin d’être une omission, constitue une stratégie : déplacer la ligne de fracture, installer la gauche comme menace principale, et laisser le Rassemblement national se banaliser.


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Auteur: Pierre Jacquemain

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