Quand il n’y a plus rien, il y a encore l’art. C’est peut-être un film qui rend aujourd’hui le mieux compte de l’état de la société israélienne. On aurait aimé que son titre fût « non ». Un « non » puissant de résistance au gouvernement Netanyahou, à sa guerre, à ses massacres. Mais le titre du film du cinéaste israélien Nadav Lapid est Oui. Un « oui » désespéré de soumission d’un pays qui fait chanter la haine à des enfants innocents, et qui déploie partout ses drapeaux, et regarde Gaza brûler avec jouissance depuis la colline dite « colline de l’amour ».
À vrai dire, il est difficile de dire de quel côté va basculer la société israélienne minée par des décennies de propagande raciste, et conduite au suicide par un gouvernement d’extrême droite qui entraîne toute une population dans son aventure idéologique. Évidemment, les victimes de cette longue séquence ouverte par l’attaque du Hamas, le 7 octobre 2023, sont d’abord palestiniennes.
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Comment évoquer la crise de la société israélienne sans commencer par rappeler les 63 000 morts de Gaza (chiffres officiels sans aucun doute sous-évalués), l’anéantissement du territoire palestinien, le harcèlement des habitants de la Cisjordanie par des colons-voyous suppléés par l’armée. Mais ce pays ne peut pas se livrer à un génocide au vu et su du monde entier sans en payer le prix. Israël est en proie à une terrible crise morale dont le film de Nadav Lapid rend compte. Dans une métaphore pesante, le cinéaste montre son antihéros, un jeune homme déjanté, léchant les bottes de ceux qui détiennent le pouvoir.
À de rares exceptions près, la société…
Auteur: Denis Sieffert

