Le « boucher de Damas » a fui la Syrie, laissant derrière lui une société dévastée par près d’un demi-siècle de dictature et treize années d’une guerre civile sanglante. Le groupe islamiste HTC est désormais au pouvoir, mais bien des questions demeurent quant à sa capacité à unifier la population. Entretien avec Laura Ruiz de Elvira, politiste spécialiste de la Syrie (CEPED-IRD).
Au lendemain de la chute de Bachar Al-Assad, quel est le sentiment qui prime au sein de la société syrienne ? La célébration de la fin d’un demi-siècle de dictature ? L’horreur face aux exactions commises par le régime, notamment au sein de ses prisons aujourd’hui libérées ? Ou la crainte d’une nouvelle gouvernance aux contours encore indéfinis ?
Les sentiments qui traversent en ce moment la société syrienne sont complexes et ambivalents. D’une part, les mobilisations des Syriens partout dans le monde et en Syrie même montrent la joie et le soulagement de la population, qui s’expriment aussi par le fait que de nombreux ressortissants syriens tentent d’ores et déjà de rentrer en Syrie depuis la Turquie ou le Liban. Cette euphorie s’accompagne d’un sentiment de surprise puisque la population syrienne et les observateurs du monde entier avaient perdu l’espoir de voir le régime d’Assad tomber.
Mais d’autre part, il est évident que la plupart des Syriens sont aussi inquiets vis-à-vis de ce qui va se passer. Les activistes ayant participé à la révolution, pour beaucoup, étaient eux-mêmes persécutés par HTC, ou avaient dû quitter le pays face aux offensives de l’État islamique. Les forces qui ont mené la reconquête ne sont pas celles qu’ils auraient aimé voir au pouvoir.
Des incertitudes et des craintes demeurent donc, mais il y a aussi une forte volonté de reconstruire le pays et de bien faire les…
Auteur: Laura Ruiz de Elvira, Politiste, chargée de recherche, Institut de recherche pour le développement (IRD)

