« Émeute (ancien français esmeu p. p. émouvoir) : soulèvement populaire spontané », voici la définition du mot par le dictionnaire Le Robert. L’émeute fait partie de l’histoire. Il y a eu en France les « émeutes de la faim » durant l’Ancien Régime, les sabotages des ouvriers lyonnais au début du 19e siècle et les fameuses émeutes des Canuts en 1830.
Il y a aussi eu les émeutes raciales des années 1960 aux États-Unis, puis le discours de Martin Luther King Junior en 1967, expliquant que l’émeute est le langage de ceux dont on n’entend pas la détresse et la demande de justice et de respect à la société bourgeoise blanche. Pensons encore aux émeutes anti-policières et interethniques en Grande Bretagne depuis les années 1980 et 1990, et plus récemment en 2011. En France aussi, depuis la fin des années 1970, l’histoire sociale et politique des émeutes urbaines est longue.
On parle en anglais de riots ou rioting, c’est-à-dire faire l’émeute. Le terme autorise des comparaisons internationales – les mêmes causes produisant les mêmes effets dans des contextes nationaux et locaux spécifiques.
Toujours une signification politique
L’émeute a toujours une signification politique : elle clarifie les problèmes, sociaux, urbains, raciaux. Elle court-circuite les formes de représentation politique (partis, parlement) et sociale (syndicats) comme moyens d’action conventionnels.
On pourrait parler d’émeutes de la mort, tant elles répondent au même script : mort d’un jeune de minorité ethnique ou descendant de l’immigration, colère collective, dégradations et destructions, affrontements avec la police, emballement médiatique, marche blanche silencieuse toujours impressionnante, demande de vérité et de justice, retour au calme, commissions parlementaires (aux États-Unis et en Grande Bretagne, pas en France), promesses non tenues qui se perdent dans les sables de la…
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Auteur: Michel Kokoreff

