Vingt-quatre heures durant, Evgueny Prigojine a tenu en haleine le pouvoir russe, les chancelleries occidentales et l’opinion publique européenne. Dans un roadmovie soigneusement médiatisé par ses soins, il a ébranlé l’establishment militaire russe et défié son ancien protecteur, le président russe Vladimir Poutine.
Les causes personnelles et les objectifs réels de cette « rébellion armée » selon l’expression russe désormais consacrée dans la presse locale sont aujourd’hui difficiles à établir : l’oligarque a-t-il craint d’être éliminé ? A-t-il crû réussir à renverser son ancien protecteur ? A-t-il seulement tenté de supplanter le commandement militaire pour gagner sa faveur ?
La Russie au bord de l’implosion ?
Si le déroulement de cette opération n’est établi que plus tard, il est possible d’évaluer ses conséquences sur la politique interne russe ainsi que sur la donne stratégique extérieure.
Ce soulèvement sape-t-il tout à la fois le régime de Vladimir Poutine et l’opération militaire russe en Ukraine ? Ou bien peut-il paradoxalement durcir la guerre contre Kiev et le système politique russe ?
Prigojine est-il un nouveau Frankenstein, autrement dit une créature qui se tourne contre son créateur et le précipite vers sa perte ?
Ou bien doit-il être comparé à Trotski, c’est-à-dire à un des acteurs de la révolution bolchévique, en opposition à Staline, puis éliminé par lui ?
Vu de Kiev, de Paris et de Washington, l’ascension, l’action et le sort de Prigogine renvoient aux grands mythes de la révolte de la créature contre le créateur comme le Frankenstein du roman de Shelley et le Golem de la tradition praguoise, du nom de la créature mystérieuse créée pour protéger les juifs du ghetto et qui devint incontrôlable.
Dans les deux cas, un apprenti sorcier produit une créature destinée à servir ses désirs (de protection, de savoir, de pouvoir, etc.) et…
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Auteur: Florent Parmentier, Secrétaire général du CEVIPOF. Enseignant à Sciences Po. Chercheur-associé au Centre HEC Paris de Géopolitique, Sciences Po

