Depuis les événements du 17 octobre 2026, le spectre de l’auto-justice resurgit dans le débat public. La menace est brandie par le ministre de la Justice Gérald Darmanin : « si la réponse pénale aux violences liées au 17 octobre n’est pas extrêmement ferme », alors « les commerçants et les habitants feront justice eux-mêmes ». Elle est reprise par Patrick Delvau, président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie Paris – Île de France, qui relaie la colère de commerçants en proie à un sentiment d’abandon et déterminés à « créer des milices d’autodéfense ». L’extrême-droite surenchérit, à l’instar de Marion Maréchal : « L’étape suivante ce sera l’autodéfense », déclare-t-elle avec gravité au lendemain des manifestations. Quel crédit accorder à ces discours alarmistes ? Alors que s’intensifie la critique des défaillances de l’État, le temps des justiciers est-il venu ?
Le chantage à la création d’une milice, vouée à se substituer aux pouvoirs publics pour rétablir l’ordre, n’est pas nouveau. Il s’agit d’un discours bien rodé depuis la fin du XIXe siècle. Dès qu’une population s’estime insuffisamment défendue par l’État contre les cambrioleurs, les trafiquants ou les kidnappeurs, elle menace de prendre les armes, de rendre justice par elle-même sans s’encombrer de subtilités juridiques. Dans l’histoire récente, la menace du passage à l’acte justicier a le plus souvent tenu de la fanfaronnade, destinée à capter l’attention des pouvoirs publics ou à réclamer davantage de police. L’appel à s’affranchir du carcan de l’État de droit face aux « racailles », « casseurs » et autres « dealers » devient un cri de ralliement pour les leaders réactionnaires en quête d’attention. « Retenez-nous ou on forme une milice ! », clament à leur tour les porte-voix des commerçants ulcérés par les pillages…
Auteur: dev
