On les appelle les polluants éternels. Les PFAS s’accumulent dans l’eau, les sols et le sang, sans jamais vraiment en repartir. On connaissait leurs effets sur le foie, la thyroïde ou la fertilité. Voici désormais le cerveau. Une équipe du CNRS et du Centre d’études biologiques de Chizé vient de montrer qu’un PFAS émergent perturbe le système nerveux, à des concentrations réalistes.
La méthode scientifique
La force de l’étude tient à sa méthode. Les chercheurs ont travaillé sur deux modèles très différents. D’un côté, des embryons de goéland, sentinelles des milieux côtiers. De l’autre, des souris adultes, exposées par leur alimentation pendant trois semaines. Dans les deux cas, les doses reproduisent celles mesurées dans la nature. Or les deux modèles réagissent. Ce n’est donc pas un artefact de laboratoire, mais un signal convergent.
Le cerveau enflammé
Chez l’embryon de goéland, le 7:3 FTCA déclenche une inflammation ciblée. Les cellules immunitaires du cerveau, la microglie, s’activent dans des zones précises liées au développement cognitif. Cette réaction n’est pas anodine. En effet, la microglie sculpte les connexions entre neurones pendant la croissance. La perturber tôt peut laisser des traces durables. Les scientifiques alertent : l’exposition peut « affecter le développement cérébral chez la faune sauvage ».
Des souris moins prudentes
Chez la souris, l’effet est fonctionnel. L’activité des neurones augmente dans le cortex préfrontal, la région du contrôle et de la décision. Les auteurs rapportent une hausse d’environ 20 %, sans mort de neurones. Le comportement change aussi. Les animaux s’aventurent davantage dans les zones éclairées, qu’ils évitent d’ordinaire. Ils interagissent plus longtemps avec leurs congénères. En clair, ils prennent plus de risques. Un PFAS peut donc modifier le fonctionnement du cerveau avant même d’abîmer ses cellules.
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Auteur: Isabelle Vauconsant

