Forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne), reportage
Le café n’a pas encore coulé du thermos que Christophe, Ludo et François s’animent pour la énième fois autour du même débat : quel avenir pour l’escalade en forêt de Fontainebleau ? Cette question, les trois bleausards — le nom qu’on donne aux grimpeurs de Fontainebleau — ne cessent de se la poser depuis qu’ils ont assisté, impuissants, à la destruction d’une partie de leur forêt.
Le 12 juillet, un incendie s’est déclaré sur un chantier de l’autoroute A6, aux abords de la forêt domaniale des Trois-Pignons. Asséchée par des canicules records, la végétation s’est vite embrasée. En quelques jours, plus de 2 000 hectares, soit 10 % de la forêt, sont partis en fumée. Dix-huit sites d’escalade, dont le circuit des 25 bosses parmi les plus fréquentés, ont été touchés.
Historique, cet incendie a été le premier à atteindre une telle ampleur dans cette partie de la France. Face au danger, la préfecture a décidé de la fermeture totale du massif forestier. De quoi raviver de vieux et profonds désaccords au sein de la communauté hétérogène des bleausards.
« L’avenir, pour moi, c’est de fermer la forêt à tout le monde pendant certaines périodes »
Ce samedi matin d’octobre, de nombreux crash pad jonchent le sol du Bas-Cuvier, l’un des secteurs d’escalade les plus emblématiques du coin. Les premiers grimpeurs se sont déjà lancés à l’assaut de ces célèbres rochers baignés de soleil. Du coin de l’œil, Christophe guette ses élèves. Le mono croise les bras. Après cet été, il redoute de voir se répéter les fermetures saisonnières dans les prochaines années. Pire, que l’accès à la forêt devienne payant. Autant de dispositifs « liberticides », grince-t-il. « Faut vivre avec son temps », rétorque Ludo.
Depuis la fin des années 1980 qu’il grimpe ici, le quinqua au visage émacié a vu les…
Auteur: Camille Moreau, Louis Lepron
